Le bénéfice de deux approches combinées

La thérapie narrative 

L’approche narrative de Michael White et David Epston consiste, schématiquement, à faire émerger, avec l’aide du thérapeute, une nouvelle façon de raconter nos problèmes. Dit ainsi, cela paraît simple, pourtant, cela ne l’est pas !

En effet, nous cherchons tous à donner du sens à nos expériences et à nos problèmes. Nous créons donc des « récits » de vie pour raconter les évènements, les émotions et les sentiments que nous traversons en cherchant une façon cohérente de les relier entre eux et de les expliquer. Mais ce faisant, nous avons tendance à nous enfermer dans un scénario unique.

Au fil du temps nous finissons par oublier que ce que nous percevons de notre réalité n’est que le fruit d’interprétations et de constructions mentales forgées tout au long de notre vie. Résultat : notre façon de décrire le problème qui nous conduit à consulter varie peu. Nous avons tous une histoire « dominante » à son propos, des croyances, ces dernières s’avérant souvent limitantes. Ce que notre entourage en dit, et qui varie peu le plus souvent aussi, participe également de la forme figée de cette histoire. 

Or notre discours ne reflète pas tous les aspects de l’expérience vécue (et du problème) qui elle, est toujours plus riche et plus complexe. En effet, les structures narratives que l’on choisit organisent et donnent un sens à notre expérience, mais il y a toujours des sentiments et des expériences vécues que l’histoire dominante n’intègre pas complètement. Autrement dit, nos explications ont tendance à ignorer les évènements qui sortent de leurs champs.

 

La thérapie narrative nous encourage justement à nous remémorer ces aspects que l’on a négligé : à nous remémorer toutes les sensations, les intentions, les pensées, les actions vécues que l’on a omis/refoulé par souci de résumer l’histoire, par souci de cohérence ou pour la faire coïncider à la signification qu’on lui donne. 

Thérapeute et patient découvrent alors que certains de ces aspects contredisent le discours dominant, ou bien en offrent un éclairage différent, ou encore portent en eux les germes de nouveaux ressentis.  Dès lors, il devient possible de sortir de nos représentations saturées par nos problèmes et de redevenir « l’auteur » de sa vie. Car modifier et enrichir la façon de raconter nos difficultés libère notre créativité et nos ressources pour y faire face. 

Un processus au bénéfice considérable pour les patients que Michael White et David Epston décrivent ainsi :

 

« Ainsi ils (les patients) se détachent d’un récit saturé par le problème, ils sortent d’un monde figé et statique, un monde de problèmes qui sont intrinsèques aux gens et aux relations pour aller dans un monde de l’expérience, un monde changeant. Dans ce monde là, les gens trouvent de nouvelles possibilités de s’affirmer par l’action, de nouvelles occasions d’agir avec souplesse. »

 

Dans Narratives Means to Therapeutic Ends, publié en 1990, Michael White et David Epston décrivent les objectifs de la thérapie narrative avec les principes suivants:

  • le patient décrit le problème (son scénario dominant),
  • le patient est encouragé à adopter des perspectives alternatives à travers la déconstruction des récits actuels
  • le thérapeute aide le patient à créer des récits plus utiles et plus satisfaisants.                                                

« La thérapie du raconter est prospective au lieu d’être rétrospective. Tous les intéressés se lancent dans la recherche de nouvelles significations, de nouvelles possibilités, qui remettent en question la description saturée par le problème ou l’histoire dominante. Et l’on découvre des histoires de remplacement qui, soit suivent des voies parallèles, soit émergent au sein de l’histoire dominante et qui avaient été supprimée ou écartées de l’histoire officielle. L’histoire de remplacement découle de la découverte de "moments d’exception" qui sont soit en contradiction avec l’histoire dominante soit apparaissent comme des anomalies incompréhensibles. Ces moments d’exceptions ne peuvent pas être incorporés dans l’histoire dominante. Ils sont soit insignifiants soit absurdes. Ré-écrire l’histoire implique de replacer l’histoire vécue de la personne ou de la famille dans de nouveaux récits, de sorte que l’histoire qui dominait devienne obsolète. Au cours de ce processus, on va donner une description nouvelle de la vie des gens, de leurs relations, et des relations qu’ils entretiennent avec leur problème. Brunner va même jusqu’à dire : Finalement les processus cognitifs et linguistiques déterminées culturellement qui guident les récits de sa vie que l’on se raconte à soi-même acquièrent le pouvoir de structurer l’expérience perceptuelle, d’organiser la mémoire, de découper et de construire dans un but précis les « évènements » mêmes de sa vie. A la fin, nous devenons les récits autobiographiques par lesquels nous "racontons" notre vie. »


La thérapie existentielle

Prônée par Irvin Yalom, psychiatre américain renommé. 

Que se cache-t-il derrière ce terme? 

L'idée que nous sommes tous (ou avons tous) été confrontés aux grandes questions « existentielles » de la vie, sources infinies de tourments mais inhérentes à la condition humaine: les séparations, les deuils, le vieillissement, la solitude, l’absence de sens etc. La psychothérapie existentielle aborde ces problèmes comme partie intégrante de l’expérience humaine, elle ne les « pathologise » donc pas, ce qui nous libère d’une bonne part de notre culpabilité ou du sentiment de notre insuffisance.

Ainsi, Irvin Yalom a posé que "pour douloureuse qu'elle soit, la confrontation aux fondamentaux de l'existence se révèle être thérapeutique".

Alors même si nous consultons pour résoudre des problèmes ponctuels, la thérapie existentielle nous aide à affronter nos angoisses dans le contexte plus large dans lequel ils s’inscrivent. Et nous aide à faire la part entre ce que nous ne pouvons pas changer et ce qui relève de notre libre arbitre. En effet, si nous ne pouvons souvent pas changer les conditions dans lesquels nous vivons, nous pouvons choisir d’y réagir d’une manière plutôt qu’une autre.

 

Le rôle du thérapeute consiste alors à nous aider à repérer la manière particulière dont nous réagissons à ce qui nous fait souffrir. Puis dans un second temps, à modifier ces réactions. En effet, très souvent, nos attitudes « défensives », si elles nous ont aidé à un moment de notre vie ne sont plus efficaces dans la situation présente et même, nous pénalisent : elles se retournent contre nous en devenant rigides et systématiques. Nous sommes alors pris dans un conflit intérieur entre ces mécanismes de défense très ancrés en nous, généralement mis en place assez tôt dans notre vie, et notre désir de ne plus aborder le problème de la même manière… sans y parvenir.

 

Plutôt d’explorer le passé, le travail, en thérapie existentielle, consiste donc à identifier les défenses psychiques du patient et à proposer des stratégies pour les rendre plus souples et plus adaptées.